Le temps écroulé

Mon texte pour l’atelier d’écriture n°249 chez http://www.bricabook.fr

Un texte particulier, mon époux vient de perdre son emploi, licenciement économique. Après de longs mois où je les ai vu le moral au plus bas, voir leur travail s’effondrer et les locaux se vider, le coup de massue a été donné vendredi soir et chacune nous avons récupéré nos époux délabrés, effondrés. En voyant ce corps vasciller dans cet espace comme un fantôme, je n’ai pu m’empêcher de penser à eux et à vouloir leur rendre hommage .

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© Vincent Héquet

Après treize années à passer là,

Chaque matin le rituel sempiternel.

Prendre mon ordre de mission,

Faire rugir le moteur.

Partir au loin, l’oeil affuté aux nouveaux horizons.

Café fumant dans le thermos, ma lunch box sous le palto,

Ma clope au bec, les doigts gelés.

Treize années à passer là, le papier défraîchi du bureau, la moquette limée par les pas,

Le tabac froid dans les cendriers, les traces de doigts sur les dossiers.

Le hangar rempli de palette, au fil des planches saisissent les courant d’air.

Treize années à passer là, les saluts ça va, les mains serrés, les discordes et les pots de fin d’année.

Une vie qui s’achève après treize années, les visages se sont effacés, les yeux lugubres de ceux qui sont jusqu’au bout restés,

A voir les moteurs endormis dans la cour, le hangar vide qui résonne.

Fini les ordres de missions, le téléphone se fait muet.

Je flotte au centre du vide, tout me passe au travers, cela a-t-il bien été ?

La fin d’une histoire, de tant d’énergies défoulées, mon corps vidé à l’avoir trop fait existé.

Les aux revoirs se langissent, les souvenirs remplissent le vide, comme des fantômes, le corps et l’esprit malmenés à résister, le dernier souffle de volonté flotte au travers des murs, ce grand espace vidé, les parfums laissent au retour au passé, plus rien n’est, mais les âmes à y avoir existé habiteront l’espace de leur mémoire.

 

 

 

 

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4 commentaires sur « Le temps écroulé »

    1. Merci d’avoir ressenti l’émotion que je voulais témoigner, ce matin je me sentais tellement fautive de me préparer pour partir au travail, c’est déchirant de savoir que cela arrive à tant de personne et la semaine dernière je me suis rendu sur les lieux et c’était épouvantable de voir tout vide, froid avec le silence qui résonne. Biz

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