Temps suspendu

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Le petit jour luttant à me sortir de mon sommeil, refuge égoïste pour ne rien entendre et ne rien voir.
Pourtant comme chacun il m’a fallu faire face en essayant d’attraper les morceaux de mon quotidien que j’aime tant. Ils ont du mal à trouver leur place.
Le chocolat chaud semblait plus amer. Ma méditation brouillonne à une envie de devenir colère.
Me tirer du lit parce que leurs pas fragiles dans la maison me rappelaient à l’éveil, pour me dire que je suis à la vie, heureuse près d’eux dans notre nid douillet.
Une de mes filles n’a pu en sortir, sans doute demain pas encore prête à affronter l’avenir sinistre. A moi de trouver les mots qui lui font ressentir à nouveau cette gratitude ébahïe de nos jours paisibles.
Je ne force rien, le terrain est fragile et je sent le mien vasciller.
Affronter ma tenue sombre préparée la veille sur ma chaise, couleur de communion, besoin d’être avec eux, partis si vite et violemment. Ne pas les ranger dans l’oubli.
Envie de croire à un mauvais tour, à un horrible cauchemar, envie de ne pas y croire plutôt mais en même temps envie de ressentir et de dire.
Forcer l’énergie au travail, comme un zombie au volant de ma voiture, partir tout droit mais vers quoi ? Revenir aux gestes habituels en entendant leurs cris dynamiques, me retrouver dans ma cour d’école comme ce dernier vendredi, saluer mes collèges sans sourire, il ne me vient pas, je voudrais retourner dormir.
Si privilégiés d’où nous sommes dans notre petite campagne, me sentir étouffée de leur ignorance et m’y trouver soulager de ne pas à avoir à les consoler, les rassurer.
Nous en avons parler, nous avons offert une minute de silence.
Nous avons repris le travail pensant nous y cacher, mais les bulletins d’informations nous rappelaient à la vigilance, aux restrictions, aux changements de plans.
Ce vendredi ne sachant que croire derrière mon horrible écran, le lendemain où nous pensions nous réconforter en famille, nous redire tout l’amour trop souvent chuchoté, la violence nous a encore frappé comme pour nous prouver, sans remord, sans pitié, que tout ceci était tristement arrivé.
Au coeur du rassemblement, de la fumée, des détonnations, des uniformes impuissants, au cas où nous n’aurions pas compris le climat à venir et qui stagne depuis un temps.
Je laisse le temps à mes filles, puisqu’il m’en faut à moi-même.
Je me suis cru revivre hier au refuge pendant que je m’occupais des animaux malades, isolée loin dans la prairie bordée par les bois.
Un souffle avant de reprendre ce matin ce temps normal que j’ai cru suspendu, irréel.
Je n’ai pas le goût de ce que je mange, mes yeux n’ont pas envie de lire, je n’ai pas d’énergie, vidée de ma joie de vivre, je me resaisi pourtant, une douce séance de yoga pour me détendre, me reprendre en main pour dire tout haut que je suis heureuse de vivre, telle que je suis, avec eux tout près de moi et que l’on ne m’en empêchera pas.

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3 commentaires sur « Temps suspendu »

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